Les positions de vie

En Analyse Transactionnelle, les positions de vie désignent les convictions profondes que nous développons à propos de nous-mêmes, des autres et du monde.

Elles répondent en quelque sorte à deux questions fondamentales :

“Est-ce que j'ai de la valeur ?”
“Est-ce que l'autre / le monde a de la valeur ?”

Eric Berne puis Franklin Ernst ont conceptualisé quatre grandes positions, traditionnellement formulées à partir du terme anglais OK.

Être “OK” ne signifie pas être parfait, avoir raison ou se comporter toujours correctement. Il s'agit plutôt de reconnaître à chacun une valeur fondamentale en tant que personne.

Les quatre positions sont ainsi :

  • Je suis OK / Tu es OK

  • Je ne suis pas OK / Tu es OK

  • Je suis OK / Tu n'es pas OK

  • Je ne suis pas OK / Tu n'es pas OK

Ces positions ne sont pas de simples pensées conscientes. Elles peuvent devenir de véritables filtres inconscients à travers lesquels nous interprétons nos expériences et nos relations.

“Je suis OK – Tu es OK” : nous avons tous les deux de la valeur

Je peux reconnaître ma propre valeur sans avoir besoin de diminuer celle de l'autre. Je peux également reconnaître la valeur de l'autre sans me placer en dessous de lui.

Cela ne signifie pas être d'accord avec tout, tout accepter ou considérer tous les comportements comme légitimes. Je peux penser :

“Ce que tu viens de faire ne me convient pas. Je peux poser une limite, m'opposer à toi ou même choisir de m'éloigner de toi, sans pour autant devoir te déshumaniser et sans me nier moi-même.”

Cette position permet ainsi une relation plus égalitaire, dans laquelle chacun peut exister avec ses besoins, ses limites, ses différences et sa responsabilité.

“Je ne suis pas OK – Tu es OK” : l'autre vaut davantage que moi

Dans cette position, la personne tend à se percevoir comme moins capable, moins intéressante, moins légitime ou moins digne d'être aimée que les autres.

Elle peut idéaliser l'autre, rechercher fortement son approbation, avoir du mal à poser des limites ou remettre facilement en question sa propre perception.

Une erreur peut alors devenir : “Je suis nul”

Un rejet : “Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi”

Un désaccord : “C'est probablement moi qui me trompe”

Cette position peut notamment se construire lorsque l'enfant fait régulièrement l'expérience de la critique, de la comparaison, du rejet ou d'un amour qu'il ressent comme conditionnel.

“Je suis OK / Tu n’es pas OK” : le problème vient de l'autre

Ici, le mouvement s'inverse.

La personne protège sa propre valeur en dévalorisant celle de l'autre. Elle peut juger, mépriser, contrôler, accuser ou considérer que les autres sont incapables, peu fiables ou responsables de ce qui ne va pas.

La logique devient alors :

“Moi, je sais”
“On ne peut compter sur personne”
“Si les choses vont mal, c’est à cause des autres”

Derrière cette position peut parfois exister une manière de se protéger d'une grande vulnérabilité. Si faire confiance a été dangereux, décevant ou douloureux, considérer que l'autre “n’est pas OK” peut devenir une façon de ne plus dépendre de lui.

“Je ne suis pas OK / Tu n’es pas OK” : ni moi ni l'autre n'avons véritablement de valeur

Cette quatrième position est celle du découragement et de la perte d'espoir dans la relation.

Ni soi ni l'autre ne semblent constituer une ressource suffisamment fiable.

La personne peut éprouver une forme de résignation :

“A quoi bon ?”
“Rien ne changera”
“Je n’y arriverai pas et personne ne peut m’aider”

Lorsque cette position devient très présente, le monde relationnel peut sembler particulièrement pauvre ou menaçant et conduire au retrait, à l'isolement ou à un profond sentiment d'impuissance.

Comment ces positions se construisent-elles ?

L'enfant ne vient pas au monde avec une théorie élaborée sur lui-même et sur les autres. Il observe, ressent et donne du sens à ce qu'il vit avec les moyens dont il dispose à ce moment-là.

À partir de ses expériences relationnelles, des messages reçus, de la manière dont ses émotions sont accueillies, de la disponibilité de ceux qui prennent soin de lui, mais également des blessures, des répétitions et des événements de son histoire, il élabore progressivement des conclusions sur lui-même et sur le monde.

Il peut ainsi apprendre :

“Pour être aimer je dois être sage”

“Mes besoins dérangent”

“Les autres savent mieux que moi.”

“Je dois me débrouiller seul”

“Je ne peux faire confiance à personne”

Ces conclusions ont souvent eu, à un moment donné, une fonction adaptative. Le problème apparaît lorsqu'elles continuent d'organiser notre manière de vivre bien après que le contexte qui les a fait naître a disparu.

Nous ne sommes pas enfermés dans une seule position

Les positions de vie ne doivent pas devenir de nouvelles étiquettes.

Nous pouvons passer d'une position à une autre selon les personnes, les situations et ce qui est activé en nous.

Une personne peut se sentir parfaitement légitime dans son travail et basculer dans “Je ne suis pas OK / Tu n’e pas OK” dans sa relation amoureuse. Elle peut se sentir inférieure face à certaines figures d'autorité et, lorsqu'elle se sent menacée, basculer au contraire dans “Je suis OK / Tu n’es pas OK”

Certaines positions peuvent néanmoins devenir préférentielles et se répéter suffisamment pour organiser une part importante de notre scénario de vie.

Et c'est précisément ce qui les rend intéressantes en psychothérapie : plutôt que de nous demander seulement « Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? », nous pouvons commencer à observer :

“ Quelle conviction sur moi et sur l'autre est en train de s'activer dans cette situation ? ”

Passer vers “Je suis OK / Tu est OK”

Le travail thérapeutique ne consiste pas à se répéter artificiellement que « tout le monde est formidable ».

Il consiste plutôt à remettre progressivement en question certaines conclusions anciennes :

Est-il vrai que je dois mériter ma place ?
Est-il vrai que mes besoins comptent moins que ceux des autres ?
Est-il vrai que demander de l'aide me rend faible ?
Est-il vrai que je dois contrôler l'autre pour être en sécurité ?
Est-il vrai qu'un désaccord signifie nécessairement que l'un de nous a tort et l'autre raison ?

Peu à peu peut émerger une autre expérience :

Je peux avoir de la valeur même lorsque je me trompe.
L'autre peut avoir de la valeur sans avoir davantage de valeur que moi.
Je peux reconnaître l'autre sans me soumettre à lui.
Je peux me protéger sans avoir besoin de le dévaloriser.
Je peux poser une limite et rester dans une position de respect de moi-même.

La position “ OK+ / OK+” n'est donc peut-être pas tant un état que nous atteignons une fois pour toutes qu'une position vers laquelle nous pouvons apprendre à revenir.

Elle nous invite à construire des relations dans lesquelles il n'est plus nécessaire de choisir entre soi et l'autre.

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Quel “psy” choisir ?